UJ, KANYOSHA
UJ, dix-huit ans, originaire de Ruziba, dans le quartier de Kanyosha à Bujumbura, a été violée le 25 juillet 2006 par un homme de sa communauté qu'elle connaissait bien. Il l'avait invitée chez lui comme il le faisait souvent puisqu'ils se connaissaient. Mais cette fois-là, il a verrouillé la porte après son arrivée. Il s'est mis à la menacer et elle a vu deux autres hommes dans la pièce. Quand elle a compris qu'elle était tombée dans un piège, elle a appelé à l'aide. Des voisins sont arrivés mais ils n'ont pas pu entrer. Le chef de quartier, arrivé à son tour, a renvoyé les voisins chez eux en leur disant qu'UJ était la femme de l'agresseur.
L'homme qui l'avait invitée chez lui l'aurait violée. UJ a été forcée de passer la nuit dans la maison. Un soldat, ami de ses parents, est venu la libérer et arrêter l'agresseur ; personne ne sait où il se trouve aujourd'hui.
Dans ce cas, le chef de quartier a failli dans deux domaines à son obligation d'empêcher les violences contre les femmes. En affirmant qu'UJ était la femme de l'agresseur et que personne ne devait intervenir, il a renforcé l'idée que la communauté et l'État doivent tolérer la violence quand elle s'exerce au foyer. Il s'est également abstenu de porter secours à une femme qui risquait d'être agressée et il n'a rien fait pour empêcher l'agression. Selon certaines sources, le chef de quartier aurait agi de la sorte car il connaissait les violeurs et voulait les protéger.
UJ a demandé à l'officier de police judiciaire chargé du dossier d'arrêter les complices du violeur, mais il a refusé. Il n'a pas non plus accepté le certificat médical dressé par MSF et a exigé un certificat d'un autre médecin. Des défenseurs des droits humains membres de l'ACAT et de l'Association des femmes juristes au Burundi ont rencontré cet officier de police judiciaire pour l'interroger sur sa décision.
Il a affirmé que la victime devait consulter un spécialiste afin de pouvoir fournir des résultats d'une fiabilité indiscutable. Il a ajouté que les complices du viol étaient toujours recherchés.
Interrogé par les ONG à propos de son rôle dans cette affaire, le chef de quartier a affirmé qu'il se trouvait à l'extérieur de la maison au moment de l'agression, mais qu'il savait que la victime était déjà enfermée à l'intérieur quand il était arrivé sur place. Il a justifié son inaction en arguant qu'il faisait nuit et qu'il était potentiellement dangereux d'intervenir. |